25 août 2006

Timbres écrits

Le mois d'août touchant à sa fin, comme les nuages, je regardais passer les quelques messages sur mon écran. Les temps étant un peu sombres, je décidais d'écouter "Lumina " d'Ivo Malec.. Cela décoiffait sec car je n'avais pas bien fait attention au bouton du volume, on aurait dit une superposition de plusieurs groupes noise sous tranksène.

Après ces magnifiques traitements sur bande magnétique et cette violence violonistique, et bien l'on y voyais bien plus clair!

Cela devenait clair, mais dans un autre registre, comme écrivait Éric Satie dont je feuilletais un livre sur lui d'Anne Rey dans la collection Solfège (Page 87) : "Monsieur et cher ami, Vous êtes un cul mais un cul sans musique " Pour n'avoir pas aimé Parade, le critique Jean Poueigh reçut de Satie cette algarade...

À la lecture de cette phrase rafraîchissante, je me demandais qui, aujourd'hui, pourrait écrire ce genre de chose.

Pour ma part j'essayais de garder en tête ce que disait Javier Cercas dans "Les soldats de Salamine" ... on n'écrit pas sur ce qu'on veut mais sur ce qu'on peut

Ainsi après ce genre de digression, je continuais mes écoutes avec d'autres types de rencontres comme Ornette Coleman et Pat Metheny dans le disque "Song X". Je me posais la question: comment fonctionnait, ou plutôt qu'elle était la motivation de l'écriture de la pièce "Endangered Species" ?

song_x___ornette_coleman___pat_matheny

J'écoutais donc la manière de faire sonner la guitare synthé comme des impressions de multiplications des motifs mélodiques avec des couleurs proches du timbre du saxophone alto. Enfin je pensais découvrir que les timbres des deux instruments étaient eux-mêmes les moteurs des improvisations et des écritures mélodiques.

Les déprimants nuages occupant toujours l'espace, je profitais pour aller voir dans une salle obscure et par hasard "Passion " de Mohamed Malas l'action se déroulant à Alep en Syrie. Alep chose que je ne savais pas "étant une ville célèbre pour son amour de la musique, et ses habitants sont connus pour leur penchant prononcé pour la chanson" "(Le film est basé sur l'histoire d'un meurtre d'honneur en 2001 qui avait secoué la Syrie d'alors).

Dans le film, Imane, l'héroïne chantait avec bonheur et le plus souvent a capela les chansons d'Oum Kalsoum. Le fait de me déplacer à grande vitesse en courant à travers l'embrasure d'une porte forcement ouverte faisait qu'un son éolien arriva à mes oreilles. C'est-à-dire qu'à posteriori, je me rendais compte que le fait de chanter sans orchestre, pouvait aider à se concentrer sur l'écoute de la voix. On se rendait parfaitement compte, de mes points d'ouies, que le plaisir qu'avait Imane à faire sonner sa voix comme si le timbre unique en était la dynamique de ce plaisir.

Fermant la porte de mon atelier pour ne pas être dérangé je pris par hasard, la partition de " Je te veux " une rude saloperie selon l'auteur. C'était une musique écrite par Satie pour une chanteuse de variété, et donc je me mit à la tâche.

J'avais devant moi les notes écrites et je lisais tranquillement sauf qu'à un moment je commençais à me rendre compte que malgré les efforts inouïs, les maigres sons qui se formaient dans ma tête avaient vraiment du mal à s'enchaîner. Je devais reconnaître que n'étais pas vraiment doué pour la lecture de notes.

Alors je fis appel aux têtes de lectures de mes appareils à produire du son et tentais de mettre une quelconque version que je n'avais pas. Je me résolus, vraiment par hasard, par prendre le premier disque a ma portée et qui se trouvait être un cd de Stéphane Rives

     Stephane_Rives

Toujours par hasard, je mis les 2 minutes et 49 secondes de " Ébranlement #2 " que j'écoutais de manière inflexible avançant dans le monde relativement sommaire et subjectif que je commençais à créer

De mes points d'ouïes deux sons principaux un son harmonique, et un son granuleux puis autour de 0,02 un souffle éolien contenu dans les deux premiers sons se révélait, Ils avançaient en parallèle.

En fait deux sons granuleux l'un avec harmonique l'autre avec un son éolien se dessinaient distinctement vers 0,05/0, 06

L'harmonique perturbé partiellement stabilisé à 0,15 commençait sa lente ascension après un petit creux à 0,45 où l'on entendait seulement le son éolien prélude à un coup d'accélération à cette montée.

Nous avancions allègrement vers 1, pour atteindre l'harmonique plafond. Elle commençait à décroître rapidement de 1,21 jusqu'à 1,25 environs.

Après un rapide arrêt, on retrouvait notre son éolien seul, l'harmonique reprenait à la même hauteur et d'intensité identique qu'au début c'est-à-dire entre 0,25 et 0, 30.

À 1, 28 des perturbations faisaient varier l'harmonique comme prélude aux jeux avec deux hauteurs à partir de 1,42 les deux hauteurs pouvant apparaître simultanément plus précisément de 1,50 à 1,54

Vers 2, 03 réapparaissait de manière intermittente jusqu'à affirmation, comme une "somme" des harmoniques proposées le long de la pièce à 2, 35.

À 2, 42 un décrochement de l'harmonique grave se produisait et amorçait à 2, 43 un glissando montant laissant entendre le souffle des lèvres de 2,47 jusqu'à 2.49 qui était la fin de la pièce.

Après cette lecture auriculaire des sons étirés du soprano, les grains semblant en apesanteur, je pris une blouse blanche et je comprenais que Stéphane étant petit pour se calmer devait dormir près des courbes des voies de chemin de fer ou près d'une gare ferroviaire, de préférence au bord du désert

De la lecture à l'écriture, il n'y avait qu'un pas, et même deux, de deux jambes, histoire de maintenir l'équilibre.

Je me mis oreille contre oreille d'un portrait d'Edgar Varèse et je commençais à mélanger quelques élixirs dans ma fiole à concepts tout en psalmodiant quelque formule secrète qui disait ceci " l'improvisation d'un musicien aujourd'hui doit quelque part s'écrire pour être comprise et que pour être reconnaissable elle doit également avoir une signature particulière donc un timbre unique"

Comme je trouvais cela un peu pompeux, je fis plus court "les timbres devaient s'écrire" et comme également je trouvais cela pas assez autiste, un objet sonore "Timbres écrits " arriva naturellement au travers d'un souffle expiré agissant sur le mécanisme vibratoire de mes cordes vocales.

Il était temps d'enlever ma blanche blouse le soleil était revenu, je pouvais sortir de mon atelier.

Luc Ferrari écrivait ceci à la fin de son "Autobiographie n°14 ( ou voiture biographie)"

-Vous faites quoi comme métier ? -Je suis Compositeur -Et ça se passe comment ? Je suis couché en travers de la vie et la vie me traverse, comme tout le monde

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