Feijoojoue

Réflexions sur la musique improvisée ... Les concerts de Dante Feijoo etc.

15 juillet 2007

Espace Vers - Retour sur Ossip Mandelstam

Espace Vers

J'essaye d'être discret par rapport à la musique que je produit et je ne suis pas toujours sûr que les textes aient obligatoirement une incidence directe sur mon jeu. C'est en fait les puissances sonores qui sont au coeur des textes qui me touchent.

Ossip Mandelstan - photo www.actessud.com
Ossip_Mandelstam___actessud_comJ'ai récemment visité, avec une amie, l'exposition de Anselm Kieffer au grand Palais ou j'ai trouvé dans la boutique un des livres sur la poésie de Ossip MANDELSTAM ( il se trouve qu'à la maison il y en a aussi) .
Cela a été l'élément qui a déclenché la démarche de proposer ces quelques poèmes.
D'autre part, il est vrai que j'aime lire, mais souvent aussi j'ai du mal à lire de la poésie ou des textes plus difficiles.
Grâce à Murray Schafer qui est à l'origine du projet contenu dans son livre le "Paysage Sonore" qui est comme le dit le sous titre, en rapport à "toute l'histoire de notre environnement sonore à travers les âges" m'a éduqué à une écoute intérieur des textes comportant des descriptions sonores.
Aussi, à ma connaissance, la littérature décrit beaucoup plus des images visuelles, que les aspects sonores. Il existe le solfège traditionnel qui a bien sûr évolué, il essaye de décrire le plus de paramètres sonores et aujourd'hui, les support comme le CD semblent retransmettent assez fidèlement tout ce qui est audible. A ma connaissance, je pense qu'il y a peu de choses écrites qui tendrait à consigner les sons entendus et qui tendrais à être un équivalant de la précision de l'enregistrement.

Il m'arrive d'écrire des textes qui tentent de décrire même de manière sommaire cette problématique. Les textes d'Ossip MANDELSTAM que je propose sont une invitation à partager ce type d' écoute.

le son étouffé, indécis,
Du fruit qui tombe de sa branche,
Dans l'incessante mélodie
des forêts au profond silence.....

Ossip MANDELSTAM déploie en peu de vers une grande précision de l'écoute et c'est ainsi que je l'interprète :

 Dans le premier et deuxième vers il y a une focalisation sur un son unique produit par la chute du fruit, le mot "étouffé " suggère peut-être que le fruit tombe sur quelque chose qui certainement altère le choc au sol ; d'autre part le mot "indécis " peut vouloir donner une indications d'indétermination donc une hauteur difficilement identifiable.

 Dans le troisième et la première partie du quatrième vers "l'incessante mélodie/des forêts" le contraste est saisissant ; en effet il y a dans ce deuxième plan sonore foisonnant, des hauteurs, des rythmes et logiquement de timbres contrastées (des oiseaux chanteurs à la belle saison)

 Dans la deuxième partie du quatrième vers "au profond silence..... " donne certainement une perspective réverbérante d'abord par l'utilisation du mot "profond" puis en rajoutant ces trois petits points "point d'orgue" qui prolongent les sons dans un espace infini résonnant que nous pouvons suivre aussi longtemps que nous le désirons, et l' inaudibilité nous gagnant, nous ramène à la réalité de la condition du lecteur c'est à dire le lien physique qui nous lie au livre

 À la lecture du poème d'Ossip MANDELSTAM nous découvrons qu'il utilise le temps de la lecture au temps sonore. Il met en scène le petit personnage sonore du fruit puis son contraste multicolore mélodique Cette incessante mélodie emporte avec elle ce pauvre son dans l'espace profond, des forêts aux beau jours, qui se prolonge jusqu'au silence sans fin et peut-être sans durée mesurable. 

A la maison j'ai lu d'autres poèmes qu'il a écrit au goulag comme celui ci :

Poste de TSF, ma TSF
Je lui revaudrai ces nuits de Voronej :
Pétillements d'un vin d'Aï
Klaxons, Place Rouge la nuit...

 

 Eh bien le métro ?.. Silence, cache en toi-même...
Ne demande pas comment enflent les bourgeons...
Et vous carillons du Kremlin,
Verbe de l'étendue ramassée en un point..

 J'y ai découvert une richesse sonore  avec différentes type d'écoute décrits :

 -écoute fine proche du silence "Pétillements d'un vin d'Aï ", 

 -forme ouverte quand il parle de sa radio "Poste de TSF, ma TSF !" cela peut être une chanson des personnages qui parlent des informations de la musique classique, 

 - sons mis en espace "Klaxons, Place Rouge la nuit...",

 -écoute intérieure "Eh bien le métro ?.. Silence, cache en toi-même..."Ne demande pas comment enflent les bourgeons...

 Puis quelque chose de particulier dans ces deux vers "Et vous carillons du Kremlin,/Verbe de l'étendue ramassée en un point..." le poète s'adresse directement aux carillons du kremlin "verbe de l'étendue" nous fait entendre ce " verbe de l'étendue " multitudes de cloches dans une place immense aux murs réverbérants et aux multiples échos supposés. "ramassée en un point" nous fait redéployer à l'envers le processus de projection sonore pour en localiser la source. 

 Tout ce ci se passe sans sons audibles sinon que ceux intérieurs entendus qui se déploient dans un temps personnel pouvant être aussi partagé. 

Posté par dolphy00 à 11:42 - Réflexions sur la musique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


09 janvier 2007

Lettre ouverte à Cathy et Henri

Bonjour, Cathy et Henri

 

 Suite au petit concert donné chez vous à Billom le 28 décembre 2006 et vos interrogations sur la musique improvisée, il fallait apporter une réponse parmi tant de réponses possibles et qui puisse respecter les goûts et les choix esthétiques de chacun. La meilleure manière était peut-être de continuer de rester sur le terrain de la musique.

 

 Pouvais-je être convaincant en parlant de musique, au sens le plus large et qui utilise le son pour lui-même comme matériel, de manière argumentée ? j'ai pensé que non. Mais, faisant appel à mes souvenirs (d'autres avant moi, sans aucun doute, avaient mis l'accent sur ce point) en choisissant une poésie de Victor HUGO dans son livre " L'ART D'ÊTRE GRAND-PÈRE", il me semblait que nous pouvions par l'écoute ressentir des choses en commun. 

 

Victor_Hugo

 Lire "Fenêtres ouvertes" en reconstruisant pas à pas le paysage sonore décrit par Victor Hugo semblait pertinent.

 Par phonomnèse, faisons vivre cette poésie en choisissant les sons parmi les milliers emmagasinés dans notre mémoire. Si ces sons ne sont pas toujours d'une clarté évidente à notre écoute intérieure alors il nous reste à les imaginer pour les rendre plus réels.

 

 

FENÊTRES OUVERTES

 

LE MATIN. - EN DORMANT

 

J'entends des voix. Lueurs à travers ma paupière.

Une cloche est en branle à l'église Saint-Pierre.

Cris des baigneurs. Plus près ! plus loin ! non, par ici !

Non, par là! Les oiseaux gazouillent, Jeanne aussi.

Georges l'appelle. Chant des coqs. Une truelle

Racle un toit. Des chevaux passent dans la ruelle

Grincement d'une faux qui coupe le gazon.

Chocs. Rumeurs. Des couvreurs marchent sur la maison.

Bruits du port. Sifflements des machines chauffées.

Musique militaire arrivant par bouffées.

Brouhaha sur le quai. Voix françaises. Merci.

Bonjour. Adieu. Sans doute il est tard, car voici

Que vient tout près de moi chanter mon rouge-gorge,

Vacarme de marteaux lointains dans une forge ?

L'eau clapote. On entend haleter un steamer.

Une mouche entre. Souffle immense de la mer

 


Mes meilleurs vœux 2007 à vous deux à vos enfants et bien sûr à vos petits-enfants

Cordialement

 Dante


 

 

 

Posté par dolphy00 à 17:28 - Réflexions sur la musique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 août 2006

"Le concert dans l'oeuf"

Texte : « Jérôme Bosch » par Roger Van Schoute & Monique Verboomen

Extrait concernant l’œuvre :
« LE CONCERT DANS L'ŒUF »  Copie d'après un original perdu

concert_dans_l_oeuf

Le sujet du Concert dans l'œuf peut à mains égards être rapproché de celui de La Nef des Fous. L'original a disparu, mais on connaît plusieurs copies dont celle de Lille qui date du milieu du XVI° siècle et se rapprocherais le plus d'un tableau perdu de Bosch. On y retrouve comme dans la Nef, un moine, des religieuses, des musiciens, des chanteurs réunis cette fois dans une énorme coquille d'œuf posée sur l'herbe. Une grande cohésion rassemble les personnages, mais, même si le fou n'apparaît pas, la folie est présente. Les dix chanteurs, semblent tous suivre la même musique écrite dans un gros livre. Cette musique a été identifiée, elle n'a rien d'un cantique! On a pu en effet déchiffrer les notes de la portée peinte dans le livre et retrouver la musique et les paroles originales publiées en 1549 à Anvers par Tilman Susato. La chanson aurait rencontré un grand succès au milieu du XVI° siècle. " Toutes les nuictz que sans vous je me couche, pensant à vous", lit-on sur la peinture et la chanson continue: " ne fait que sommeiller, et en resvant jusques au resveillier, Incessament vous quiers par my la couche, Et bien souvent en lieu de vostre bouche, En souspirant, je baise l'oreillier". Il s'agit d'un chant à quatre voix, dû au musicien flamand Thomas Crecquillon (†1557) qui fut le maître de chapelle de Charles Quint.

Tout à leur chant, les personnages n'ont pas conscience des éléments inquiétants qui les entourent, le moine ignore que, comme dans L'Escamoteur, un voleur coupe les cordons de sa bourse. Les autres chanteurs portent des couvre-chefs insolites, oiseaux ou objets. À gauche et à droite, des scènes qui semblent échappées d'une tentation de saint Antoine, des monstres, des diables et une femme nue participent à un festin infernal abrités dans une chaussure ; un incendie ou du feu jaillit de terre, un chat s'approche d'un poisson posé sur un gril, un personnage invisible caché dans l'œuf va s'en emparer. L'œuf lui même est un symbole alchimique : " le monde est comme un œuf. On peut rechercher quelques proverbes dont Bosch se serait inspiré littéralement : une femme tenant un moulinet qu'on verrait mieux dans la main d'un enfant porte sur la tête une chouette attaquée par de petits oiseaux ( "Zij is zo dom als een uil", littéralement : elle est aussi folle qu'un hibou, ou "Zij is zo dronken als een uil, elle est aussi ivre qu'un hibou). Un homme est coiffé d'un entonnoir ( " Hij drinkt als een trechter" littéralement : il boit comme un entonnoir), un autre porte un pigeonnier sur la tête (" hij houdt duiven op zlder", il élève des pigeons au grenier, expression qui s'applique à un exploitant de bordel)...

Si comme on le croit, cette copie fut réalisée d'après un original de Bosch, la partition ne peut-être celle de l'original puisqu'elle est postérieure à Bosch. Elle était soit devenue illisible (une forme de censure avait peut-être sévi), soit le copiste aura préféré remettre l'¦œuvre au goût du jour en utilisant un chant contemporain à la mode. Le caractère burlesque de la scène dispense de croire qu'il se soit agi d'un chant d'église !

Juste une idée comme cela par rapport à la lecture de ce texte, à propos du  Concert dans l'œuf, copie d'une peinture de Hieronymus Bosch.
Les personnages semblent lire une partition ( du latin partitio partage )
Chacun lit et joue  sa propre partie qu'il a choisi : à chacun sa propre part en quelque sorte.
Que peut-on dire de plus lorsqu’on improvise seul ou collectivement ?
Que chacun invente sa propre part !
Mais quoi de plus ? rien finalement ?  ... peut être qu'il faudrait se poser la question sur ce que signifiait une chanson à grand succès de l'époque.......
Ah si ! Les couvre chefs des personnages ! ( il faut bien couvrir les chefs  car il pourraient attraper froid). Mais pourquoi des couvre chefs ? Mais c'est le bon son ! C'est bien sûr les bonnets de Thelonious Monk

Décidément :  "Hieronymus et Thelonious sont deux mots qui vont  très bien ensemble,

très bien ensemble....."

Posté par dolphy00 à 09:01 - Réflexions sur la musique - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1